« Les rues ne sont que de grands appartements, communs et sans plafonds »
(Guy de Maupassant)
...dès lors, au gré des occupants, de leurs convictions ou croyances, voire de leurs superstitions... murs et façades donnant sur la rue vont se doter de niches, afin d'y accueillir de pieuses statuettes.
C'est ainsi que les accepteront les Biterrois, durant des siècles, à l'intérieur des remparts de la cité vicomtale, puis royale.
Ayant ainsi privilégié cette parure ciselée dans la pierre, sans doute pensaient-ils ces statuettes à l'abri des outrages, du temps... et des hommes.
Or, que peut-on constater aujourd'hui ?
« Combien ont disparu, dure et triste fortune ! » molestées ou violées, prises en otage par les iconoclastes de tous bords, de toutes confession, briseurs d'images aveugles, proclamant :
« Il ne restera rien qui parle encore d'un dieu
Ni les livres, ni les toiles, ni les marbres, ni les murs ! »
Intolérance, fanatisme(s), en toutes époques ont sévi.
Mais le pire est à craindre, sans doute, de l'indifférence, qui condamne à l'oubli.
Il en va de même pour les balcons, véritables ornements de la façade, catalogue inépuisable et sans cesse renouvelé de l'art du fer forgé ou de la balustrade en pierre, qui ouvrent les appartements sur l'extérieur et parent ces façades de fleurs, d'animaux, de colonnes ou d'atlantes... Combien sont abîmés, rouillés ou dégradés, faute de soin ou d'intérêt ?
On ne saurait tout attendre, de nos jours, d'une protection administrative, aussi utile que nécessaire, telle qu'a le devoir de procurer le secteur sauvegardé. Aussi peut-on se féliciter, en les encourageant, de ces initiatives à portée culturelle dont se nourrit le mouvement associatif biterrois. Tel le Photo Camera Club, dont les membres, dotés de la panoplie de chasseurs d'images, poursuivent inlassablement leur exploration de la paisible jungle urbaine, véritable mine de richesses propriété des Biterrois.
Leur objectif ? Prémunir contre les outrages du temps et des hommes ces proies faciles et sans défense, en les fixant sur images pour qu'elles puissent, une fois inventoriées et classées, témoigner de la richesse architecturale et artistique de la ville, de ce « petit patrimoine » urbain auquel on ne fait plus attention, parce qu'il n'est pas à hauteur d'yeux, et qui se dégrade jusqu'à parfois disparaître, sans que personne ne s'en rende compte.
Leur méthode ? Le face à face, scrutant et interrogeant ces visages de pierres, ces entrelacs de fer forgé, s'essayant à dialoguer avec eux, balayant ainsi les divagations de Colette, qui écrivait :
« ... ces regards rencontrent rarement le mien, que je dérobe. »
Leur message ? En nous proposant cette exposition de leurs précieux trophées, ces niches vides ou occupées, ces fenêtres habillées de balcons, tous ces petits trésors contribuant à enrichir les grands... ils nous invitent à retrouver notre patrimoine, à nous émouvoir devant ces détails architecturaux trop souvent ignorés, à nous promener en ville le nez en l'air, et à « respecter les oeuvres du passé, car elles sont le patrimoine du genre humain » (Romain Rolland)
Texte de Robert Cavalié
Vernissage le 23 février à 18h30
Musée du Biterrois
Caserne Saint-Jacques – Rampe du 96éme – 34500 Béziers
Ouvert tous les jours sauf le lundi
de 9h à 12h et de 14h à 17h
entrée libre
04 67 36 81 61